Chères Consœurs,
Chers Confrères,
J’ai reçu le document suivant il y a quelques jours, et je vous le fais maintenant parvenir. Je n’ai pas assisté à la première série d’assemblées publiques de M. Green : je ne sais donc pas exactement en quoi consiste le projet NOIBN. J’ai cependant entendu dire que ces rencontres concernaient davantage la direction; après avoir lu le message de M. Green, c’est aussi l’impression que j’ai.
N’oubliez pas que, quand M. Green demande à tous de « [...] se pencher sur le problème et sur les occasions qui se présentent, ainsi que de faire preuve de souplesse [...] », il s’adresse sans aucun doute à la direction. Comme vous bénéficiez d’une convention collective, vos salaires, vos avantages sociaux et vos droits ne sont pas « souples » : on ne peut faire preuve de « souplesse » pour réduire les coûts sans renégocier la convention collective. Il en est de même pour notre sécurité et nos droits : ils ne peuvent faire l’objet d’aucune mesure d’assouplissement pour faire des économies.
Je suis sûr que M. Green n’est pas en train de militer auprès de ses directeurs et de ses superviseurs pour qu’ils contreviennent à la convention collective dans l’espoir de faire des économies pour la compagnie. Je ne pense pas non plus qu’il demande à quiconque de faire des compromis en matière de sécurité ou de s’exposer à des risques en vue d’épargner. Toutefois, comme il ne prend pas lui-même l’initiative d’informer expressément ses subordonnés que ces choses ne se font pas, il y a toujours un risque que certains d’entre eux interprètent mal son message et dérogent à la convention collective pour ménager leur budget. Il est également possible que certains cherchent à prendre des risques quant à votre bien-être et à la qualité de l’infrastructure pour faire plus avec moins.
Quand le roi Henri II s’est écrié devant ses chevaliers : « Qui me débarrassera donc de ce prêtre encombrant? », la plupart n’ont pas cru qu’il en appelait au meurtre; Thomas Beckett a tout de même été assassiné.
À un moment ou à un autre, nous avons tous constaté que les gestionnaires de première ligne peuvent interpréter et décider de façon arbitraire; c’est pourquoi, quand j’entends le seizième président du CFCP parler ainsi : « N’attendez pas les instructions de l’équipe NOIBN. Trouvez des façons de réduire les coûts dès aujourd’hui et mettez-les en pratique », je ne peux m’empêcher de frissonner à l’idée de ce qui pourrait leur passer par la tête.
J’ai l’impression que nous serons très, très occupés pendant un bout de temps à composer avec ces « idées » et leurs conséquences.
Votre sécurité, et celle de vos pairs, est entre vos mains. Ne laissez personne compromettre votre sécurité et vous exposer inutilement à des risques. En vertu de la loi, vous avez le droit de savoir exactement ce qu’on exige de vous et de connaître les risques que cela comporte. Vous êtes en droit de contribuer à la sécurité de votre milieu de travail et de refuser d’effectuer un travail risqué. Si ces droits sont garantis en vertu du Code canadien du travail et de la convention collective, ce n’est pas pour rien : vos vies en dépendent.
La convention collective et le Code canadien du travail vous protègent : ils protègent votre vie et votre santé au même titre que vos droits et vos avantages sociaux. Toute infraction doit être traitée dès qu’on a un soupçon : nous devons demeurer vigilants et préserver nos acquis.
M. Green est responsable devant les actionnaires, et on le paye bien pour ça. En tant que président et chef de la direction du Canadien Pacifique, il est également tenu de veiller à ce que les ententes que sa compagnie signe soient respectées. Il doit aussi s’assurer que, tant sur le fond que sur la forme, ces ententes sont respectées dans leurs dimensions éthiques, morales et légales. Néanmoins, M. Green et la direction du Canadien Pacifique ont le devoir de faire un profit. C’est ce qu’attendent d’eux les actionnaires et les employés (et, dans bien cas, il ne s’agit que d’une seule et même personne). On doit cependant y arriver de la façon la plus sécuritaire possible.
Nous donnons à la compagnie notre temps, nos aptitudes, nos efforts et, bien souvent, y laissons notre santé; en fin de compte, bon nombre d’entre nous faisons don à la compagnie de toutes nos années de vie active. En retour, nous sommes rémunérés conformément à ce que nous avons négocié. Nous bénéficions de droits d’ancienneté, d’indemnités, d’avantages sociaux et avons le droit d’être traités équitablement. Nous travaillons dur pour mériter ces droits et avantages; en échange, le Canadien Pacifique bénéficie de notre travail et de celui de milliers de travailleurs syndiqués. C’est pourquoi, si quelqu’un vous demande de faire preuve de « souplesse » quant aux droits qui vous sont conférés par la convention collective, vous devez refuser – simplement et catégoriquement. Communiquez ensuite avec votre directeur ou directement avec moi.
Continuez de veiller à votre sécurité, demeurez forts et restez unis.
W. Brehl
Président
CFTC DPEV