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Article d’opinion du Toronto Star

09-03-2009

 07 :14 HNE   
Un électrochoc pour la sécurité ferroviaire qui en a grandement besoin
Le 9 mars 2009
William Brehl

C’est facile de blâmer le premier ministre Stephen Harper, particulièrement lorsqu’on est aussi dévoué au mouvement syndical que moi.

Cependant, pour le dernier budget fédéral déposé, le gouvernement Harper mérite des félicitations qui, malheureusement, ne sont venues ni des médias ni du public.

Le budget alloue un montant sans précédent de 44 millions de dollars à Transports Canada pour accroître la sécurité des chemins de fer.

Cela peut sembler peu comparativement aux milliards de dollars en stimulants économiques, mais c’est un montant très significatif – particulièrement pour les millions de Canadiens qui habitent à une distance de moins d’un mille des principales voies ferrées et qui ont le plus à perdre si des citernes remplis d’ammoniac, de soufre fondu ou de chlorate de sodium déraillent près de leur domicile.

Au cours de la dernière décennie, le nombre de déraillements et d’accidents de train a augmenté. En fait, on rapporte plus de 10 000 incidents depuis 1999, selon les statistiques du Bureau de la sécurité des transports. La plupart des incidents ont été mineurs; quelques-uns sont majeurs, comme les quelques incidents rapportés depuis le début de 2009 ayant forcé des évacuations.

La hausse du nombre de déraillements sur les voies du Canadien Pacifique, du Canadien National et des chemins de fer secondaires remonte aux années 1990, lorsque le gouvernement fédéral a procédé à la déréglementation de l’industrie et demandé aux chemins de fer de jouer un plus grand rôle d’intervention dans leur propre sécurité.

L’augmentation du nombre de déraillements a coïncidé avec un assouplissement du rôle de chien de garde joué par Transports Canada.

Notre syndicat représente quelque 3000 employés du CP, chargés de l’entretien de l’infrastructure. Depuis environ un an, nous faisons valoir l’importance de la sécurité publique alors que nous constatons de plus en plus de problèmes.

Chaque fois, le Canadien Pacifique clame haut et fort dans les médias qu’il exploite le chemin de fer le plus sécuritaire en Amérique du Nord.

Cela ne témoigne pas de la capacité du CP d’exploiter son chemin de fer de façon sécuritaire; il s’agit plutôt d’une déclaration sur le dossier de l’industrie tout entière en matière de sécurité. Ce serait comme affirmer que les Maple Leafs de Toronto forment la meilleure équipe de hockey professionnel en Ontario.

Ne pouvons-nous pas viser plus haut? Ne pourrions-nous pas tenter de rehausser notre bilan de sécurité? Peut-être à la hauteur des normes en vigueur en Europe? Ne pouvons-nous pas viser au Canada l’objectif d’un déraillement par semaine ou par mois au lieu d’un par jour?

Une attitude cavalière de s’en tenir à la routine ne doit pas être tolérée lorsqu’il est question de déraillements. La solution du « ruban adhésif » ne colle pas. Il nous faut des engagements durables, au même titre que les recommandations récemment formulées au terme de l’examen de la Loi sur la sécurité ferroviaire et l’allocation budgétaire à Transports Canada par le gouvernement Harper.

Nous ne pouvons nous permettre un autre déraillement comme celui qui est survenu en 1979 à Mississauga. Ce déraillement notoire a transformé une des plus grandes villes canadiennes en une véritable ville fantôme du jour au lendemain, lorsque 220 000 personnes ont reçu l’ordre d’évacuer. Heureusement, personne n’y avait perdu la vie.

Nous ne savons encore pas exactement où et comment ces 44 millions de dollars seront dépensés pour améliorer la sécurité ferroviaire, mais il y a fort à parier que Transports Canada resserrera son service d’inspection ferroviaire, qui manque de personnel et croule sous une surcharge de travail depuis trop longtemps.

À présent, on compte 104 inspecteurs de la sécurité ferroviaire à l’emploi de Transports Canada contre 890 enquêteurs en sécurité aérienne.

Il va sans dire que les accidents aériens impliquent habituellement des pertes de vies, comme en témoigne le récent écrasement survenu au sud de la frontière à Buffalo. Cependant, des centaines de millions de tonnes de marchandises dangereuses sont expédiées par rail et traversent les agglomérations urbaines les plus densément peuplées au Canada. La catastrophe peut être imminente lorsque les voies et le matériel roulant ne respectent pas les normes de sécurité. Après tout, la vaste majorité des déraillements qui surviennent sur les voies principales sont attribuables à une défaillance des voies ou du matériel.

En dépit de ce nouvel engagement d’Ottawa, les chemins de fer réussiront-ils à éradiquer les accidents ferroviaires d’un bout à l’autre du Canada? La réponse est non.

Toutefois, s’agit-il d’un pas dans la bonne direction pour améliorer une politique imparfaite ayant mis en péril la sécurité du public? À coup sûr, et il faut en féliciter le gouvernement Harper.
 

William Brehl est président de la Division des préposés à l’entretien des voies de la Conférence ferroviaire de Teamsters Canada, sise à Ottawa, et siège au Conseil consultatif sur la sécurité ferroviaire de Transports Canada.