Le gouvernement Harper réagit enfin à une décennie de demandes syndicales pour des règlements de sécurité ferroviaire plus strictes.
Par William Brehl, le 16 juin 2010, Edmonton Journal
Les Teamsters et les Conservateurs.
Une alliance étrange, ironique et particulièrement opportune étant donné le déraillement sérieux la semaine dernière près de Red Deer qui causé la fermeture de la route 2A.
Considérer un lien entre les Teamsters et les Conservateurs pour moi, qui a passé sa vie a préconiser la progression du mouvement syndical est un peu troublant.
Le gouvernement à Ottawa ne voit pas exactement les choses d’une perspective syndicale.
Les Teamsters et les Conservateurs sont tout de même en accord lorsqu’il s’agit de la sécurité du public sur les chemins de fer du Canada. Notre syndicat préconise depuis presque une décennie l’affectation de mesures plus sévères par rapport à la sécurité ferroviaire.
De plus le 4 juin, seulement trois jours avant le déraillement de cinq camions-citernes transportant du glycol au sud de Red Deer, le gouvernement conservateur de Stephen Harper a déposé la loi C-33 qui va renforcer les règlements sur la sécurité ferroviaire et forcer les chemins de fer canadiens comme le Canadien National et le Canadien Pacifique à donner la priorité au bien-être des Canadiens au lieu des profits.
Il n’y a aucun doute que le CN et le CP vont se plaindre que les règlements proposés sont inutiles. Ils vont fort probablement travailler en coulisse pour tenter de les faire relâcher par le gouvernement.
Mais toute campagne de cette nature n’a aucune chance de réussir. Transports Canada connait très bien les taux; le gouvernement Harper aussi.
Depuis 1999, suite au relâchement des règlements par le gouvernement précédent, on compte des milliers d’infractions sur la sécurité et plus de 10,000 accidents ferroviaires et de déraillements.
Si on fait le calcul, cela représente trois incidents par jour au Canada. La plupart d’entre eux sont mineurs, certains ont causé des évacuations et même des décès et plusieurs auraient pu être catastrophiques car les trains en question transportaient des produits inflammables, toxiques et ultra-dangereux.
Cela fait des années que les chemins de fer observent une infrastructure qui tombe en ruines. En grande partie, ils se sont fiés sur la chance et la gravité pour maintenir les trains sur les voies.
Il est édifiant de voir que le gouvernement Harper a signalé une fin à ce jeu de roulette russe.
Ottawa a enfin compris. La sécurité du public n’a rien a voir avec la politique, et avec les relations entre la direction et le syndicat non plus.
D’après ce que j’en sais, ce gouvernement est le premier dans l’histoire à inclure des gens en provenance du mouvement syndical, comme moi, à participer au dialogue pendant qu’il étudie des modifications aux règlements sur la sécurité ferroviaire.
Dans une déclaration annonçant les modifications, Ottawa a promis d’améliorer la sécurité ferroviaire au Canada parce qu : ‘un système national de transport ferroviaire sans risques et sans dangers est important, non seulement pour les communautés à travers le pays mais aussi pour le bien-être de l’économie du Canada’.
La sécurité du public est une question humaine; surtout lorsque des millions de canadiens et de canadiennes résidant à l’intérieur d’un périmètre d’un ou de deux kilomètres d’une voie ferrée ont le plus à perdre si des wagons-citernes remplis de gaz ammoniac, de chlorate de sodium et de souffre fondu déraillent et explosent près de leurs domiciles.
Voici pourquoi je m’attends à ce que tous les partis politiques à Ottawa endossent cette initiative et à ce qu’ils adoptent rapidement ces nouveaux règlements au Parlement.
Les amendements proposés à la Loi sur la sécurité ferroviaire vont tenir les chemins de fer responsables lorsqu’il s’agit de la sécurité et va pénaliser ceux qui commettent des infractions. Ils accordent à Transports Canada le pouvoir de :
- Sanctionner ceux qui sont en infraction avec des nouvelles pénalités financières plus sévères et une hausse des pénalités judiciaires.
- Renforcer les conditions et les exigences pour la sécurité chez les entreprises des chemins de fer
- Créer une protection pour dénonciateurs pour le employés qui déclarent des problèmes au niveau de la sécurité
- Exiger à chacun des chemins de fer d’avoir un cadre qui détient la responsabilité légale pour la sécurité
Malheureusement, le rôle des gardiens à Transports Canada a été comprimé à la fin des années 90 et par la suite on a vu une hausse du taux de déraillements.
Notre syndicat a presque 3000 membres qui travaillent pour CP Rail et qui entretiennent l’infrastructure. Nous avons observé de première main la détérioration des voies et de l’équipement; elle est la raison principale des déraillements.
Les chemins de fer ont prouvé qu’ils sont incapables d’être eux-mêmes responsables pour la assurer la protection du public donc ce gouvernement, que nous et d’autres avons poussé, a pris des mesures pour donner plus d’autorité aux gardiens.
C’est pour cette raison que malgré que les Teamsters et les Conservateurs semblent être des drôles d’ alliés, dans le cas présent il s’agit d’un problème très important et nous le sommes.
Je doute que si les temps étaient propices aux élections générales, que l’on verrait de nombreux Teamsters solliciter des votes pour les conservateurs, et je doute aussi que Harper chercherait l’appui des Teamsters .
Mais en ce qui concerne ce problème il aura entièrement notre appui et nous allons faire tout en notre pouvoir pour rehausser les niveaux de la sécurité ferroviaire canadienne aux niveaux de ceux de l’Europe ou la sécurité ferroviaire est depuis longtemps déjà une priorité.
William Brehl est le président de la Division des préposés à l’entretien des voies de la Conférence ferroviaire de Teamsters Canada, sise à Ottawa, et siège au Conseil consultatif sur la sécurité ferroviaire de Transports Canada.